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倉頡輸入法, une introduction à la méthode Cangjie

11 août 2016

La méthode Cangjie permet de composer des caractères chinois à partir d’une combinaison de 24 clés sur un clavier d’ordinateur. Elle est connue pour son efficacité mais peut paraître déroutante : le découpage des caractères n’est plus sémantique comme pour une recherche dans un dictionnaire et les règles de priorité sont déroutantes au premier abord.

Portrait légendaire de Cangjie

D’un point de vue historique, Cangjie serait le personnage (légendaire ?) qui aurait inventé/systématisé l’écriture chinoise. La méthode qui porte son nom a quant à elle été créée en 1976 par Chu Bong-Foo 朱邦復. Lors d’un séjour au Brésil 🇧🇷 alors qu’il travaillait dans une maison d’édition locale, il constate que la traduction et l’édition d’œuvres littéraire est beaucoup plus facile que l’édition d’ouvrages étrangers en chinois. Il consacre alors sa vie aux technologies de l’information pour la langue chinoise et construit pendant les années 70 une méthode efficace pour écrire les caractères chinois.

Cette méthode reste populaire, notamment parmi les locuteurs de Hong-Kong 🇭🇰 qui utilisent le cantonais comme langue maternelle. Si en Chine continentale, le pinyin reste lingua franca pour écrire sur des supports informatiques, la situation est différente sur l’île où la population ne maîtrise pas le mandarin.

Pour un sinisant étranger, cette méthode reste intéressante, notamment parce qu’elle aide à renforcer l’apprentissage des caractères. Elle complète aussi bien la méthode à base de pinyin car il n’est pas nécessaire de connaître la prononciation d’un caractère pour pouvoir l’écrire.

Chaque caractère a une décomposition unique ; la contraposée n’est pas vraie, mais presque. On trouve parfois deux caractères qui se décomposent de la même manière qui n’obère guère le gain en vitesse de frappe d’un texte en chinois : finies les longues listes d’homophones en pinyin !

On trouve sur Internet bon nombre d’introductions à cette méthode. J’en propose une autre, en français, qui présente l’énorme avantage de me convenir. J’y essaie à la fois :

Les principes de base

Les exemples seront ici présentés sous la forme d’un « tableau » comme suit :

Voici quelques exemples de caractères tels qu’ils se décomposent selon la méthode Cangjie, dont nous allons expliquer la logique dans ce qui suit.

    1 2 3 4 5
       
lín      
   
cāng  
jié

Les 24 signes

Les 24 signes qui permettent de composer les caractères sont associés aux lettres de l’alphabet sur un clavier QWERTY.

Le clavier Cangjie

On a l’habitude de les décomposer en plusieurs catégories :

Étape no.1
Maîtriser la position de ces signes sur le clavier ainsi que l'équivalence lettre/signe.

J’aurais par ailleurs tendance à recommander de configurer notre méthode d’entrée spécifique au Cangjie sur un placement QWERTY même si ce n’est pas le placement utilisé pour l’entrée des caractères latins. Je pense qu’il est bénéfique de s’en tenir à un placement unique 手田水口 pour faciliter l’apprentissage des doigts.

Une combinaison peut (rarement) représenter deux caractères. On peut mentionner par exemple les deux caractères qui signifient respectivement soleil et dire (forme littéraire) :

    1 2 3 4 5
       
yūe        

On peut alors combiner ces signes dans des caractères relativement simples :

    1 2 3 4 5
zǎo      
míng      
Exercice :
Recopier à l'aide de la méthode Cangjie les caractères suivants :
昌晶旦明早昧旦旺旱果王里理量朋肝腮出娃

L’ordre des signes

L’ordre dans lequel on décompose les signes est similaire à l’ordre dans lequel on écrit les caractères à la main

    1 2 3 4 5
gǒn      
    1 2 3 4 5
guǒ      
    1 2 3 4 5
gān 廿      

Les 87 signes secondaires

Les 24 signes principaux ne suffisent pas à décrire tous les motifs présents dans les caractères chinois. On présente alors 87 signes secondaires qui sont répartis sur les 24 signes principaux. Seul le signe 口 (R) ne « porte » pas de signe secondaire.

La première difficulté de la méthode Cangjie consiste à la fois à reconnaître ces motifs et à les associer au bon signe principal.

Les signes secondaires de 日 (A)    
 
   
Les signes secondaires de 月 (B)    
 
 
   
Les signes secondaires de 金 (C)    
 
 
Les signes secondaires de 木 (D)    
 
   
Les signes secondaires de 水 (E)    
 
 
Les signes secondaires de 火 (F)    
 
 
Les signes secondaires de 土 (G)    
 
   
Les signes secondaires de 竹 (H)    
 
   
Les signes secondaires de 戈 (I)    
 
 
Les signes secondaires de 十 (J)    
 
Les signes secondaires de 大 (K)    
 
 
Les signes secondaires de 中 (L)    
 
 
Les signes secondaires de 一 (M)    
 
 
   
Les signes secondaires de 弓 (N)    
 
 
   
Les signes secondaires de 人 (O)    
 
 
 
Les signes secondaires de 心 (P)    
 
 
 
   
Les signes secondaires de 手 (Q)    
 
 
   
Les signes secondaires de 口 (R)    
   
Les signes secondaires de 尸 (S)    
 
 
Les signes secondaires de 廿 (T)    
 
 
 
Les signes secondaires de 山 (U)    
 
 
Les signes secondaires de 女 (V)    
 
 
   
Les signes secondaires de 田 (W)    
 
   
Les signes secondaires de 卜 (Y)    
 
 
   
Étape no.2
Préparer une fiche aide-mémoire des signes secondaires.

Certes, on trouve en ligne de nombreuses versions de ce type d’aide-mémoire.
La meilleure version reste néanmoins celle qu’on a réalisé soi-même, pour prendre conscience des subtiles nuances entre signes secondaires regroupés sous des signes primaires différents.

Cette page ne contient :

Un apprentissage efficace passe par la préparation de cette fiche.


Sur les exemples qui suivent, la décomposition est donnée sur deux lignes : la 1re est formée de signes de bases et de signes secondaires ; la 2e est formée uniquement des signes de bases.

    1 2 3 4 5
  𠂇 𠃌      
       
    1 2 3 4 5
     
     
    1 2 3 4 5
       
       


Le tableau se lit de la manière suivante : « on utilise 金 pour écrire le motif 八, par exemple dans 公 (金戈), mais on décompose 八 suivant le modèle 竹人. »

    1 2 3 4 5
       
       
       
       
     
       
       
       
       
       
廿        
廿  
       
       
       

On peut retenir quelques mots et motifs courants. La liste qui n’est qu’un appel à compléter : certains motifs sont évidents pour certains, certains motifs manquent cruellement à d’autres. Ici encore, la meilleure fiche, c’est la vôtre !

    1 2 3 4 5
       
       
       
       
       
       
       
       
     
     
   
Étape no.3
Maintenir une fiche aide-mémoire de motifs courants.

Règle de délimitation des signes

Un principe déroutant dans l’apprentissage de la méthode Cangjie est le découpage des caractères : il faut parvenir à s’abstraire de l’ordre des traits de l’écriture manuscrite ou des éléments sémantiques qui forment un caractère.

    1 2 3 4 5
       

Dans cet exemple, la décomposition 口十月 serait incorrecte.

    1 2 3 4 5
       

Dans cet exemple, la décomposition 土人 serait incorrecte : 手 occupe plus d’espace que 土.

    1 2 3 4 5
       
       

Dans ces exemples, les décompositions 大弓 pour 力 ou 月一 pour 目 seraient incorrectes.

    1 2 3 4 5
     
     
     
   

Dans l’exemple de 申, les décompositions 日中 ou 田中 seraient incorrectes.

En revanche :

    1 2 3 4 5
       
       
       
Exercice :
Recopier à l'aide de la méthode Cangjie les caractères suivants :
王主光前容共夫青巴毛受半米目央者事匆九
四五六七八九百千万東南西北我你他是走吃

Règle de sélection

Un principe de base de la méthode Cangjie énonce que les caractères se décomposent en une séquence d’au plus 5 signes (codes). Ceci signifie que tous les motifs ne doivent pas être utilisés pour décomposer un caractère.

Un caractère comme 響 ne se décompose donc pas en 女女竹戈日女戈弓中卜廿日 :

    1 2 3 4 5
  廿

La méthode propose alors le découpage d’un caractère en un, deux ou trois groupes:

    1 2 3 4
 
 
    1 2 1 2 3
廿
 
    1 2 1 2 1
廿
Attention :
Lorsqu'un groupe se termine par une forme englobante, le dernier signe retenu est celui de la forme englobante et non le dernier signe à l'intérieur.
    1 2 3 4 5
   
 

Dans cet exemple, la décomposition 一一尸山 serait incorrecte.

Exercice :
Recopier à l'aide de la méthode Cangjie les caractères suivants :
題對類誠訴飯親就靜體劃樹請護認辦影歌刻
街緊習熱暫然癸留聯從寶輕發藥警些歐豐憾

Motifs particuliers

    1 2
 
 
 
 
 
 
 

Il s’agit en réalité du radical 畿 sans 田, aussi présent dans 幾 qui se décompose en 女戈.

    1 2 3 4 5
       
       
       
       
  廿    
鹿      
     
     
     
     
     
𠂔      

On peut alors composer ces caractères pour en former de plus complexes :

 
 
  廿
 
 

La touche 重

Il reste une touche sur le clavier dont nous avons soigneusement évité de parler : 重 (Z). Ce signe est utilisé pour écrire des signes de ponctuation. Il n’est en pratique pas nécessaire de les connaître dans la mesure où le système de conversion Cangjie sait en général convertir les signes de ponctuation latins en signes spécifiques au chinois.

重 (Z) s’utilise systématiquement dans des codes de 4 caractères, suivi de 難 (X) puis A, B ou C et enfin d’une lettre entre A et Y.

  A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y
ZXA   ·
ZXB
ZXC

Easy Cangjie

La méthode Easy Cangjie est une méthode simplifiée à base de deux codes par caractère. Elle est moins efficace, mais plus facile d’utilisation.

    1 2 3 4 5
 

Le caractère 辦 s’écrit alors en Easy Cangjie au moyen du premier et du dernier signe qui compose son code Cangjie classique, soit uniquement卜十 (YJ).


Exercice :
Recopier les caractères associés aux douze branches terrestres 地支 :
子丑寅卯辰巳午未申酉戍亥
Recopier les caractères des animaux associés aux douze branches terrestres 生肖 :
鼠牛虎兔龍蛇馬羊猴鷄狗豬
Étape no.4
Une fois à l'aise avec ces caractères, il n'y a pas vraiment de secret : seule la pratique permet de progresser. Recopier des passages de chinois est un bon exercice.

Voici par exemple un petit poème sans prétention trouvé pour l’occasion :

露珠

昨天夜里
誰從草地上走過?
丟了那麼多的珍珠。
今天早上、
誰在草叢中看著我?
還打濕了我的衣褲。
太陽升高了、
誰收走了珍珠?
留下了濕濕的氣息、
濕濕的泥土。