J’avais promis à mon retour du Japon de publier dans les jours qui suivraient un peu debriefing de ce voyage, de mes impressions, etc.
Voilà enfin quelques réflexions…
J’avais promis à mon retour du Japon de publier dans les jours qui suivraient un peu debriefing de ce voyage, de mes impressions, etc.
Je rappelle à ceux qui n’ont rien suivi que je suis parti seul 3 semaines au pays du Soleil Levant.
La première des choses à dire, et aussi le premier phémomène que l’on vit en arrivant : on a beau voir ce pays à la télé, dans les livres, ou raconté, l’arrivée s’accompagne, en plus de la fatigue du voyage et du décalage horaire, d’une vraie baffe : Mais où suis-je ? Qu’est-ce qui se passe ici ?
Ce qui rend cette baffe indescriptible, outre l’atmosphère étrange dans laquelle on est plongé, c’est le nombre incalculable de détails pour lequel la suite Mais qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ? Pourquoi ils font ça comme ça ? Mais c’est pas si bête finalement… nous traverse l’esprit. Et le problème, c’est que tous ces détails, on les oublie instantanément. On omet alors de les raconter, et le suivant se prendra sa baffe, lui aussi.
L’aspect qui m’a le plus gêné est l’attitude d’un Japonais face à un inconnu. Ce n’est pas de l’ignorance : deux personnes qui ne se connaissent pas ne se voient pas, alors que mon côté latin voudrait toujours aborder des inconnus. Je n’ai perçu aucune sympathie d’un Japonais lambda vis à vis d’un autre Japonais lambda. Le vice est poussé au point que si l’on demande son chemin, le Japonais peut passer une demi-heure à nous aider, à passer 6 coups de téléphone, tout en se désintéressant au plus haut point de la personne à qui il rend service.
J’ai essayé de résumer ce comportement, en disant que les Japonais étaient extrêmement gentils, mais pas du tout sympathiques. Au contraire, nous autres, petits Occidentaux, sommes plus capables de sympathie, de chaleur humaine envers un inconnu. Il n’y a rien de surprenant à engager une conversation avec un inconnu. Au contraire, nous sommes la plupart du temps incapables de gentillesse. Demandez votre chemin, et appréciez le “Désolé, je suis pressé !”
J’ai entendu plusieurs fois la justification “C’est sans doute parce que comme tu es étranger, les Japonais ont peur de la barrière de la langue”. Ceci dit, même si je suis pas bilingue en Japonais, je me suis débrouillé uniquement (ou presque) en Japonais. J’en ai profité pour poser la question à des Japonais rencontrés, et c’est réellement cette volonté de ne pas être impliqué dans les affaires d’un inconnu qui en est ressorti.
Ceci étant dit, je n’ai observé ce comportement qu’entre inconnus de même rang. Je veux dire par là qu’un client dans un magasin qui demande quelque chose ne sera pas logé à la même enseigne. Si l’on prétend qu’en France, le client est roi, au Japon, c’est un Dieu. On retrouve toute la gentillesse des Japonais, leur disponibilité et leur respect pour le client : ce n’est pas au Japon que l’employé interrompt son travail avant de vous encaisser pour régler le volume de sa sonnerie de téléphone (ça sent le vécu
) On trouvera quand-même un peu de sympathie dans le comportement d’un employé de magasin, au moins pour un étranger. Mais je me demande si dans ces cas-là, l’étranger n’est pas vu et considéré comme un enfant (aucun des deux ne sait lire…) auquel cas ma perception est sans doute faussée.
À côté de ça, j’ai rencontré aussi des amis Japonais connus par des forums d’échange linguistique et là, j’ai plus vécu ces rencontres comme je les imaginerais ailleurs. Je dirais finalement juste que là-bas, on n’aime pas le quidam…
Le second point que j’ai apprécié est le service. Un client est un Dieu, et on le lui fait sentir. Outre la différence de niveau de langue, on ne laisse jamais un client tout seul, si un client a un problème, l’employé fait vraiment de son mieux (ou fait très bien semblant peut-être
) pour satisfaire les attentes du client. Un temple, un parc est très souvent accompagné de ces distributeurs de boissons que l’on trouve au milieu de nulle part, au fin fond de la forêt, avec le tri sélectif à côté, de salles de repos climatisées (en été au moins…) Pourquoi une salle de repos gratuitement ? Aucune bonne raison après tout… Mais c’est bien agréable au fond !
En réalité, je pense qu’on peut comprendre un peu mieux le Japon avec les deux concepts suivants :
- 頑張る, ganbaru, faire de son mieux. On ne souhaite pas à un ami du courage ou de la chance, on lui demande de faire de son mieux. On attend d’un étudiant qu’il fasse de son mieux, d’un employé qu’il fasse également de son mieux pour le client. Sans faire de vague pour ne pas perturber l’ordre ambiant, il faut que chacun fasse de son mieux avec ses moyens.
- 我慢, gaman, c’est le concept complémentaire. Quand on ne peut plus faire de son mieux, si ça ne dépend plus de nous, il ne reste rien à faire d’autre qu’accepter son sort, de prendre son mal en patience. Ça ne sert à rien de se plaindre. Tout le monde a ses petits malheurs, on n’a pas les moyens de faire de son mieux car la situation ne dépend pas de soi, alors il faut accepter.
Et toujours, pour un Japonais, on va pouvoir classer la plupart de ses comportements dans une de ces catégories : un Japonais extrêment gentil, c’est 頑張る, ganbaru, l’absence de conflits, de ton de la voix qui monte, c’est 我慢, gaman : à quoi bon s’énerver, se faire du souci si ça ne change rien…
Bien sûr, ça reste théorique, car j’ai aussi entendu quelques Japonais ayant été voir en dehors de leur pays, envier nos grèves, ras-le-bol du gaman, et fatigués de faire de leur mieux, ganbaru.
Je vais conclure ce premier compte-rendu ainsi. Je ne sais pas si ce que j’ai écrit est l’exacte vérité, c’est au moins un bout de ma perception du Japon. Avant de parler d’apprécier ou non, je pense qu’il faut quand-même digérer cette baffe, et prendre les expériences qui suivent vierge de tout préjugé.
Le bilan de mon expérience est fortement positif, j’ai vraiment envie de retourner là-bas voir la suite de tout ce que je n’ai pas pu voir en si peu de temps, alors que ma première vision de Tôkyô ne m’a pas du tout emballé !
Ceci étant dit, un petit coup de pub, je vous invite à jeter un œil sur le blog de Rémi pour voir sa vision de la Corée, un pays voisin, qui m’a l’air tout aussi dépaysant, et dont il compare parfois certains aspects avec le Japon…